Texte d’alerte – Protection de l’enfance – Avril 2019

L’ANPASE TIRE LA SONNETTE D’ALARME

QUEL ÉQUILIBRE  ENTRE LE SAVOIR-FAIRE PROFESSIONNEL ET LE SAVOIR-FAIRE DES FAMILLES ?

L’ANPASE s’exprime depuis des années sur la place du professionnel auprès des familles et des enfants. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de regarder dans le rétroviseur et d’analyser le « comment c’était avant » mais d’aller de l’avant.  Il s’agit de rappeler une évidence que travailler en établissement ou service de protection nécessite de se penser comme groupe d’acteurs intervenant.

L’ANPASE défend un accompagnement à la parentalité respectueux des droits et des places de chacun (parent, enfant, professionnel). 

L’ANPASE préconise un modèle de prise d’autonomie où le parent renforce sa place, acquiert de l’assurance et se positionne dans un projet tout en se donnant les moyens de construire celui-ci.

L’ANPASE défend le principe de l’attachement dépassant largement la filiation biologique. Comprendre notre filiation et l’histoire familiale, ne doit pas annuler toutes les situations d’attachement que l’enfant rencontre dans son parcours de vie. « Sentez-vous libres de vous attacher », nous veillerons ensemble à ces liens.

L’ANPASE veut dépasser l’injonction paradoxale à laquelle nous assignent les décideurs « faites avec le manque de moyens que l’on vous donne ». 

L’ANPASE invite tout à chacun à balayer devant sa porte ; le manque de moyens est un fait, le choix politique des décideurs de faire des économies sur le poste des dépenses d’action sociale en est un autre. 

Que tout ceci ne nous empêche de nous interroger sur nos pratiques et leurs effets à long terme. 

Nous passons beaucoup de temps à décomposer, recomposer le sens, mais in fine, qui parle ? : les professionnels et la liste est longue d’interrogations :

  • Disparité entre les territoires,
  • Travail auprès de l’humain mais pas d’engagement,
  • Formation des travailleurs sociaux trop éloignés de la réalité,
  • Pas de formation sur le travail avec les familles,
  • Peu d’exploitation des savoirs expérientiels,
  • Sens du travail, du travail social, …

Quand le citoyen, les familles, les enfants sont-ils réellement écoutés ? Mais qu’est-ce que nous entendons ? Qui les entend et les écoute ? 

L’ANPASE tire la sonnette d’alarme une fois de plus sur le déséquilibre entre le savoir-faire du professionnel et le savoir-faire des familles. L’asymétrie des places et des savoirs est un fait mais la prévalence des savoirs de l’un sur le savoir de l’autre est une erreur encore trop souvent à l’œuvre. 

Nous ne pouvons plus rester dans une suffisance des connaissances et des compétences. L’entre-soi professionnel n’a jamais rien donné de positif. Tendre vers plus de partage pluriprofessionnel et être réceptifs à la critique, à la construction de soi et des autres, c’est une question d’obligation et non uniquement de nécessité.  Cela nous invite à prendre conscience de l’importance du travail en réseau. Un partage concerté et équilibré des interventions avec les familles.

Des professionnels par leurs actions, leurs nouvelles initiatives, leurs nouveaux services apportent la preuve d’un autre rapport à la famille. Beaucoup d’entre eux se sont mis au travail avec les familles et non plus seulement à leur côté. 

L’ANPASE affirme que mettre à jour ses connaissances, s’inscrire dans une dynamique de recherche et d’évaluation de ses actions est une obligation éthique de tout professionnel ; encore faut-il pour cela une volonté politique des services et organisations qui les emploient. 

L’ANPASE défend l’obligation pour tous les professionnels œuvrant dans le champ de la protection de l’enfance de s’appuyer sur les retours d’expériences : reprendre les parcours des enfants et resituer leur parcours tout en observant ce qui a été aidant pour eux et ce qui a constitué des freins. Aujourd’hui certains services ouvrent des « cahiers de réussites » où est acté par écrit ce qui a réussi ; ce qui nécessite le fait d’accepter de ne pas être parfait au départ. 

De plus en plus de témoignages d’enfants passés par l’Aide Sociale à l’Enfance se font entendre publiquement. Leur histoire n’est pas seulement un fardeau à conter, c’est une analyse à livrer ; eux qui ont vécu de l’intérieur le monde de la protection de l’enfance. Manque de stabilité, de repères, rejet, isolement, insécurité, honte… tel des funambules évoluant au-dessus du vide (affectif), sans filet, ceux-ci ne décrivent pas un monde de « Bisounours » A la majorité, c’est l’atterrissage, de plus en plus souvent forcé, quand ils ne quittent pas d’eux même un système qui parfois les a aidés à se construire, mais d’autre fois non. De l’écoute de leur parole à la prise en compte de leur parole dans les pratiques, les organisations, les politiques publiques, doit s’opérer un véritable changement de paradigme pour ceux et celles habitués à penser et parler à la place de l’autre. 

Des initiatives pour minimiser les effets du placement existent : les enfants devraient avoir systématiquement, la possibilité d’être représenté par un avocat (différent de celui des parents). Le travailleur social n’est pas le représentant de l’enfant. Il est son accompagnateur dans son parcours de vie mais non son défenseur. (Référent d’un projet pour l’enfant mais pas référent de l’enfant). 

À l’ANPASE nous pensons que le chemin à parcourir est encore long et complexe pour arriver à ce que la parole de chacun soit représentée dans les analyses qui étayent les actions menées à l’encontre des jeunes et de leurs familles. 

C’est pourquoi l’ANPASE soutient et encourage toutes les initiatives qui iront vers l’écoute active et la reconnaissance du vécu des personnes ; chaque professionnel, chaque travailleur social y a toute sa place et a à y jouer un rôle majeur : être à l’écoute de l’autre.  Assurer la lisibilité et transparence des pratiques.

Le message que l’ANPASE veut faire passer dans cette période mouvante où l’économique prend le pas sur la solidarité et met le travail social sous tension, c’est de prendre soin de soi, de son enrichissement personnel et professionnel afin de s’immuniser contre l’épuisement. Vous pourrez alors prendre soin des autres car si l’on est capable d’attention, d’écoute, de respect, de force de caractère et de sens des responsabilités vis-à-vis de soi-même, on en est aussi capable vis-à-vis des autres.

 

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