Introduction des journées

Discours introductif

Journées Régionales ANPASE – Roubaix            

Mesdames, Messieurs,

Durant ces deux jours, l’équipe anpasienne du Nord a fait le choix de traiter, non pas un sujet mais des sujets. D’apparence, vous êtes venus pour écouter ce qui se passe dans les conflits violents au sein du couple et les conséquences parfois lourdes—-voire très lourdes sur l’enfant. Pourtant, à y bien regarder, ce sont plusieurs sujets qui sont traités durant ces 12 heures d’action de formation : le sujet de la peur de l’humain face à l’agression, le sujet de la brutalité de l’humain sur sa famille, le sujet de la soumission face à la pression psychologique, physique et morale, le sujet de l’angoisse du jeune enfant face à la violence du couple, … et nous pourrions en citer encore d’autres.

Je remercie donc l’équipe du Nord qui a choisi de traiter un tel sujet. Il ne s’agit pas uniquement de dresser un tableau des signes, des dispositifs, des outils, … mais bien de prendre conscience que lorsque le couple installe une relation violente, les dommages collatéraux peuvent être fatals à l’enfant, et nous savons tous oh combien les plaies peuvent mettre du temps à se cicatriser.

Permettez-moi de citer en quelques lignes les propos de la féministe et écrivain Benoîte GROULT (disparue en 2016) sur l’oppression de la femme depuis l’Antiquité. Ses citations sont tirées d’une émission de radio de 1976, il y a donc 40 ans, qui avait pour thème la violence conjugale :

1 – En l’an 343 av. J.-C., on se demandait si la femme a une âme

Aristote avançait la théorie que le fœtus masculin se dotait d’une âme au bout de quarante jours, contre quatre-vingt-dix jours pour le fœtus féminin.

2 – Au Moyen Âge, des fabliaux violents faisaient rire les hommes

Les femmes battues ont toujours fait rire. Et un mari qui pouvait battre une épouse désobéissante, c’était une pratique plus que répandue.

3 –  Aux XVIe et XVIIe siècles c’est l’époque de la chasse aux « sorcières »

Pendant deux siècles, on a brûlé 50 000 à 200 000 sorcières en Europe, parce que c’était un pouvoir féminin qui commençait à inquiéter la société. Toutes les époques ont eu leur « chasse aux sorcières », mais ce mouvement marque principalement les XVIe et XVIIe siècles.

Je ne vais pas vous refaire l’histoire de la place de la femme dans la société ; les deux jours que nous allons passer ensemble n’y suffirait pas.

 Les violences conjugales et intrafamiliales d’aujourd’hui s’enracinent dans cette histoire

Et 40 ans plus tard après l’intervention de Benoîte GROULT, le constat est toujours aussi inquiétant pour les femmes : Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son ancien conjoint » et en 2017 « 123 ont ainsi perdu la vie », chez les hommes tous les 14,5 jours, un homme décède sous les coups de sa conjointe ». En moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui au cours d’une année sont victimes de violences physique et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime, est estimé à 225 000 femmes.

C’est important, les femmes restent, de loin, les premières victimes de violences conjugales, les affaires des hommes victimes de violences conjugales sont peu médiatisées. Et quand elles le sont……. Il y a 3 ans, une femme a été condamnée à cinq ans d’emprisonnement. La procureure a évoqué une « inversion des rôles » avec une « femme bourreau et un homme victime ». Comme si ces rôles étaient prédéterminés.

 Concernant, les enfants, ils seraient plusieurs centaines de milliers d’enfants exposés à des violences conjugales, avec des conséquences destructrices et vous en aurez une description durant ces deux jours de formation. Ne pas se préoccuper de l’enfant l’expose à un risque majeur.  Nous le savons pendant longtemps ces jeunes n’ont pas été pris en compte. Il n’y a qu’une dizaine d’années qu’ils ont commencé à être suivis.

Ainsi, en voulant aborder ce sujet, l’équipe du Nord a démontré que la prise en charge des enfants témoins et victimes des violences conjugales doit être une priorité. Petit espoir depuis cet été avec la loi sur les violences sexistes et sexuelles d’août 2018, qui érige en circonstance aggravante le fait de commettre ces violences devant un enfant. L’enfant est enfin considéré comme une victime.

L’année 2018 a comme cause nationale la lutte contre les violences faites aux femmes.

Quelques années plus tôt, Jacqueline Sauvage s’exclamait « La justice n’a pas entendu les coups ». Cette souffrance se manifeste toujours dans un lourd silence, encouragé, comme l’écrivait Erin PIZZEY, écrivaine et militante pour les droits des femmes britannique, « crie moins fort, les voisins vont t’entendre ! ».

Protéger la mère, c’est protéger l’enfant affirme Edouard DURAND, juge des enfants au tribunal de grande instance de Bobigny. Pour lui, il est essentiel de considérer les violences conjugales sous l’angle de la parentalité afin d’en protéger efficacement les enfants.

Et d’enfants… d’enfants exposés aux violences intrafamiliales, il en sera question tout au long de ces deux journées de formation.

Mesdames, Messieurs, Je vous souhaite deux jours d’échanges fructueux !

Natacha Chartier.                                                                                  Alexandre Cacheux

Co-présidente de l’ANPASE.                                                                Co-président de l’ANPASE.